Une pratique de liens et de remise en cause
Une pratique de liens et de remise en cause
Je souhaite remercier toutes les personnes qui m’ont permis d’être là aujourd’hui devant vous.
Je vais repartir de la session des Animateurs et Animateurs de famille de 2025, à l’issue de laquelle j’ai émis le souhait de découvrir ce qu’implique la relation avec les compagnons dans la pratique du bouddhisme de l’Amitié Spirituelle. En quoi elle consiste ? Quelles sont les actions ? En quoi nous sommes concernés ? J’avais à cœur de découvrir ça.
Peu de temps après, j’ai déposé ce souhait dans mes récitations et j’ai assez rapidement fait le constat, devant mon autel et devant l’esprit protecteur, que je ne ressentais pas grand-chose, pas de chaleur. Alors que lorsque que je lis le soûtra devant l’autel de notre Centre de pratique c’est totalement différent, j’éprouve de la joie, c’est très chaleureux. J’ai remarqué que cet état intérieur, devant mon autel, n’était pas le même les années précédentes. Je me suis donc interrogée, et j’ai contacté mon aîné de pratique pour partager ce constat avec lui, parce que je ne trouvais pas ça ordinaire. Durant notre échange, j’ai entendu qu’il y avait un lien entre ma réalité familiale, où tous les liens sont coupés - ce qui génère de la souffrance -, et la froideur que je ressens devant mon autel. Je n’ai pas de lien avec l’esprit protecteur, même si j’offre ma récitation à mes ancêtres, je ne ressens rien. Mon aîné m’a encouragée à créer un lien spécial et chaleureux avec cet esprit protecteur.
L’esprit protecteur, le lien avec le monde de l’Éveil
Du coup dans la foulée je lui ai demandé : « C’est quoi un esprit protecteur ? » On dit protecteur, en fait ce n’est pas tout à fait le bon terme. Enfin, c’est ce que j’ai compris à ce moment-là, puisqu’il m’a dit que c’est une entité spirituelle qui me guide dans ma pratique. J’étais curieuse de découvrir ce qu’est cette entité spirituelle, j’ai donc posé la question devant mon autel, avec le souhait de développer ce lien chaleureux. Il ne se passait pas grand-chose, mais un jour j’ai entendu : « Eh bien, tu demandes beaucoup de choses, tu demandes, tu demandes, mais finalement tu n’as pas beaucoup de reconnaissance. Tu n’as pas beaucoup de gratitude pour ce que tu as, pour ce que tu as reçu, pour le fait de pratiquer, pour tes conditions de vie, etc. » J’ai réalisé que je me plains souvent, que je suis régulièrement insatisfaite, et qu'il faut peut-être que je change mon esprit. Ça a été une belle prise de conscience de réaliser ça parce que je suis partie dans ma vie d’une manière plus positive, grâce au fait d’être reconnaissante et d’avoir de la gratitude dans ma vie et vis-à-vis de mes amis de pratique. Parce que le sujet pour moi c’était de découvrir comment développer la relation avec eux, leur permettre de trouver l’éveil et de réaliser des expériences de pratique.
Les compagnons comme source d’inspiration et de progrès
Lors d’un échange avec un ami de pratique au sujet de ses compagnes, ce dernier constatait que pour elles pratiquer est une activité comme une autre. Forte de mon rôle d’aînée, je lui ai répondu : « Et toi ? Qu’est-ce que ça te montre ? Qu’est-ce que ça te dit ? » J’ai mis vingt-quatre heures, comme souvent, à réaliser que moi aussi j’étais concernée par ces questions. C’était vraiment ça ! « Qu'est-ce que tu fais toi ? Où en es-tu dans ta pratique ? C’est quoi ton engagement ? Est-ce que c’est au centre de ta vie ? » Ça a été encore une fois comme une révélation ! Ça a fait évoluer mon état d’esprit et je me suis dit : « Bon, qu’est-ce que je peux faire ? » J’ai proposé aux membres du cercle de faire une récitation hebdomadaire parce qu’il y avait des personnes nouvelles. C’était une façon de les maintenir dans le mouvement, de les encourager, de leur permettre de se relier et de créer une autre dynamique dans le cercle. Ça a démarré l’été dernier et ça continue. C’est encourageant parce que je vois les compagnons évoluer ! Ils sont demandeurs. Cet été j’ai eu une conversation avec ma compagne directe. Elle m’a parlé de ses difficultés dans sa vie et, et en échangeant, je me suis remémorée les problèmes que j’ai eu il y a quelques temps. À cette époque, pour dépasser ces difficultés, j’ai récité plus régulièrement le soûtra de Maitreya. Je l’ai encouragée à faire de même, mais je n’ai pas fait le lien avec moi. C’était son histoire, pas la mienne !
Pratiquer avec docilité
Peu de temps après, je suis allée voir mon aîné et, à l'issue d’une récitation, j’étais un peu découragée. Je me disais que ça ne bougeait pas beaucoup dans ma vie, que j’aimerais bien qu’elle change. J’étais dans la plainte, et comme on parlait de cette discussion avec ma compagne de pratique, mon aîné m’a dit : « En fait, avec le soûtra de Maitreya tu as la solution pour te permettre de faire évoluer ta réalité. Ton état intérieur est le même que celui de ta compagne. Je te propose de commencer par une pratique de vingt et un jours, ou peut-être cent ? » Ma première réaction a été de résister, mais j’ai déjà accepté de le lire vingt et un jours. Ces vingt et un jours ont été très faciles, j’ai réalisé que ma vie allait changer si je me transformais. C’était très clair. Cela m’a encouragée a lire pendant cent jours. À la fin de ces cent jours, un séminaire avait lieu à Paris, mais je n’avais pas l’intention d’y aller, alors que j’ai cinq compagnons de pratique en région parisienne. Dans mon esprit, je n’avais pas besoin de me déplacer puisque mon aîné y allait. Lors d’une récitation hebdomadaire avec mes compagnes parisiennes, je leur ai dit : « Vous allez au séminaire, ça va être bien ! » Pour certains c’était la première fois, j’étais donc très encourageante. Une compagne m’a dit : « Oui, mais et toi, on te voit quand ? » Je lui ai répondu : « Nous aurons bien l’occasion de nous voir dans les mois à venir ! Et puis notre aîné Marc sera présent, vous ne serez pas seuls. » Sa réponse a été : « Oui, mais toi on va pas te voir !… » En échangeant sur ce que j’avais entendu avec d’autres pratiquants, leur réponse a été : « Tu n’entends pas le message ? » « Mais je m’entêtais à me dire que ce n’était pas grave et que de toute façon ils ne seraient pas tout seuls. Chemin faisant, et parce que j’ai envie d’avancer, j’ai réalisé que ma place était là-bas. En quelques jours j’ai pu m’organiser pour me rendre à ce séminaire. J’étais pleine de gratitude d’être là, parmi mes amis de pratique. Une compagne, notamment, a été très touchée par les témoignages dans lesquels elle se reconnaissait. Rentrée de ce week-end, elle a appelé ces deux grands garçons et elle était tellement enthousiaste que ces fils on dit : « Maman, c’est super ! À Noël quand on se verra, on récitera ensemble. » C’est ce qui s’est passé, et elle a guidé la lecture. À présent la pratique du bouddhisme de l’Amitié Spirituelle prend plus de sens dans sa vie. Elle qui avait du mal à lire le soûtra, le lit plus facilement devant son autel.
Des liens familiaux à transformer
Je vais terminer par Noël chez ma fille. Lors d’une discussion avec son mari, j’ai été étonnée de constater qu’ils parlaient de la famille de son conjoint, mais à aucun moment elle n’a parlé de la sienne. Forcément les liens sont coupés donc elle n’a pas grand-chose à en dire, et peut-être qu’elle en souffre. Je me suis sentie coupable et triste mais, très vite, mon esprit a changé et je me suis dit : « Ok, c’est comme ça. Tu as la chance de pratiquer et de pouvoir découvrir toutes ces occasions de te transformer. » Je me suis sentie encouragée. Mon souhait à présent est de découvrir ce que veut dire de « s’en remettre à l’enseignement du Bouddha », et d’approfondir ma confiance dans le monde de l’Éveil. Je vous remercie pour votre écoute.
Bernadette

