L'AMITIÉ SPIRITUELLE: LE CHEMIN VERS LA TRANSFORMATION

« On ne sait pas ! »

L'été dernier, je regardais le pignon de ma maison de campagne sur lequel des abeilles sauvages avaient installé leur ruche - ces abeilles sont précieuses -, mais leur ruche a été détruite par des frelons asiatiques. Ce spectacle a nourrit en moi tout un monde d'inquiétude, de peur et d'angoisse pour l’avenir.
Je suis retournée à la campagne en avril et j'ai vu un nouvel essaim sur le pignon de la maison. Cela a réjoui mon cœur et j’ai réalisé que pour moi comme pour tout le monde : « On ne sait pas ! ». Je l’ai entendu souvent, c’est un précepte que je m’applique et garde à l’esprit, car ce qu’il se passe dans le monde doit nous enseigner que nous n’avons aucun pouvoir et que tout peut arriver, le pire comme le meilleur.

 

Je n'ai de pouvoir ni sur les abeilles sauvages ni sur les frelons asiatiques. Mon sujet c’est notre transformation, c’est créer un monde de paix en nous, dans nos familles, au sein de nos assemblées, avec nos compagnons et nos aînés. C'est fondamental !

C’est notre affaire de traverser et de résoudre

Pendant dix ans j'ai traversé des moments difficiles, ce qui me permet aujourd’hui de sentir se dérouler sous mes pieds un chemin de transformations et de résolutions.

Ce qui était merveilleux dans cette traversée, c’était de toujours me dire que quelles que soient les difficultés et tout ce qui montait en moi de réactions négatives, et il y en avait, c'était mon affaire. Ce n’est jamais l’affaire de l’autre, c'est la nôtre de traverser et de résoudre. C’est essentiel. C'est ce qui m'a permis de poursuivre le chemin, quoi qu'il arrive, de ne jamais remettre en cause cette pratique.

Grâce à tous les compagnons et à toutes les actions faites pendant quarante-trois ans, cela a, petit à petit, construit en moi une structure intérieure solide que je peux enfin ressentir. Prendre conscience que l’on se construit et que l’on devient solide face aux événements est une grande libération.

Je suis pleine de gratitude à l'égard de notre assemblée et de cette pratique. Je trouve extraordinaire, à présent, de commencer à marcher sur ce chemin de transformation

en apprenant à entendre quelque chose qui ne rentre pas dans mes oreilles, à faire ce que j’ai entendu et de le vérifier grâce à mes actions de pratique, pour me transformer.

 

Se transformer grâce à la réalité des liens

Au sein du groupe, nous avons mis en place des réunions avec le responsable de Branche, le responsable de Groupe, le responsable de Cercle et les futurs animateurs de Cercle. À l'occasion d'une de ces réunions, mon aînée m'a passé la parole en me disant : « Et toi, Isabelle, ta pratique ? » J'avais pratiqué avec vraiment beaucoup de volonté et d’enthousiasme - en lisant trois soutras par jour. J'avais invité des gens qui, je le pensais, avaient un lien avec l'Enseignement.
Finalement, personne n'a commencé ce qui m'a un peu plombée, et fait apparaître du découragement. À ce moment-là, j'ai entendu que tout ce qui apparaît dans notre réalité est une formidable occasion de se transformer. C'est aussi le résultat de notre pratique et de nos actions. Ça nous montre quel genre d'être humain on est, ce que l’on doit nettoyer et améliorer. J'ai entendu qu'il fallait que je regrette ces états. J’ai tout de suite lu le Soûtra devant mon autel en regrettant de me sentir découragée.

Au cours d’une autre réunion, une compagne avait des attentes envers ses compagnons, ce qui encombrait son esprit de recherche. Elle m’a beaucoup touchée, car finalement je me sentais comme elle. Le fait de faire des efforts crée des attentes qui nous sortent de notre axe de transformation selon l’Enseignement.
Devant mon autel, j’ai regretté sincèrement d’être dans ce monde de pouvoir personnel, ce qui a permis d’installer une grande légèreté dans les liens. Notamment dans la relation avec une ancienne compagne de pratique dont la réactivité me déstabilisait tout le temps. Aujourd’hui, je peux l’encourager sans être gênée par ses états, et je trouve cela merveilleux. Je veux vivre toutes mes relations comme ça, dans l’écoute et la bienveillance.

Dans mon quartier, j’ai une voisine qui me faisait peur parce qu'elle est psychanalyste et qu’elle se tend facilement. En échangeant avec elle j’ai vu sa détresse dans le lien avec son fils. On a passé un moment merveilleux. C'était incroyable, car j’ai pu l’encourager et voir toutes ses qualités que je n'avais jamais vues. Quel moment extraordinaire ! J’ai envie de vivre tout le temps comme ça. Il est important que l’on se transforme pour créer la paix en nous et autour de nous.

 

Le moment propice n’existe pas

Récemment, j’ai parlé de ma sœur avec mon aînée de pratique. J’ai entendu : « Il faut lui dire non ! » Lorsqu’elle m’a dit ça, ce qui est monté en moi, c'est « panique à bord ». Je me sentais incapable de faire cette action parce que je suis la petite sœur et que j'ai été éduquée à être une gentille petite fille. C'est ma structure, je ne peux pas dire non. C'est très difficile pour moi. J'entends ce qu’elle me dit, je sais qu’elle a raison parce que c'est juste, mais je suis incapable de le faire.
Je souhaitais attendre le moment propice. Ce qui est très amusant, c’est qu’au moment où j’ai salué mon autel en demandant à pouvoir réaliser cette action, j’ai entendu en moi :« Isabelle, le moment propice n'existe pas ! » On est encombré de conceptions comme celle-ci. Si on veut progresser sur ce chemin, il faut s’en libérer.
J'ai donc pris mon téléphone et j'ai appelé ma sœur tout de suite. Ce n'était pas confortable mais c'était important que je le fasse, car j'avais aussi entendu que le monde de l'Éveil fonctionne graduellement, c'est-à-dire que tant que l’on n’a pas fait ce que l’on a à faire, on ne peut pas passer à l’étape suivante.
J’ai traversé une dépression pendant dix ans. Il est clair que les difficultés ont été graduées de manière à ce que je puisse sauter les obstacles sans m'écrouler. J'ai tenu la route grâce à ça. Le monde de l'Éveil est bienveillant, même quand on traverse des choses difficiles. C'est lui qui nous permet de traverser. C'était important d'entendre ça.

 

Prendre conscience de la souffrance de l’autre

Autre sujet important. Il reste très peu de gens qui me font réagir, mais il en reste. Je grogne sur ma belle-sœur parce que j’ai un cœur pourri pour elle. Soyons clairs !
J’ai entendu qu'il faut que j'arrive à la prendre dans mes bras. Mon Dieu, mon Dieu ! Je me dis que c'est impossible, même pas en rêve ! Malgré tout, à force de pratiquer je suis devenue un peu plus souple.
J'ai donc, une nouvelle fois, salué mon autel en regrettant ce cœur pourri, et j'ai demandé à ce qu'il me soit possible de la prendre dans mes bras. Ce qui est très étonnant, c'est que le lendemain nous avons mangé ensemble. Elle m’a exprimé toute sa souffrance liée au divorce de ses parents, et tout ce qui était bloqué. Elle s'est effondrée en larmes, et je l'ai prise dans mes bras.

On n'est jamais, mais vraiment jamais conscients de la souffrance de l'autre. Il est essentiel d’avoir ça à l’esprit. Si on veut s’éveiller, il faut apprendre à regarder cette souffrance chez l'autre. Et si on ne la voit pas, il faut s'excuser parce qu'on peut le blesser à cause de notre ignorance. Il faut qu'on apprenne ça aussi. C'est très important !

Isabelle