LA FAMILLE, LES ANCÊTRES, LES AMIS SPIRITUELS

La piété filiale

Le fondateur Kubo disait quil voulait être le champion du monde de la piété filiale, et madame Kotani exprimait quil ny avait pas de plus merveilleux enseignement sur la terre que l’amour des parents pour leurs enfants et l’amour des enfants pour leurs parents.

Au Japon, j’ai entendu l’expérience d’un pratiquant japonais qui a exprimé qu’à un moment, sur son chemin de pratique, il avait voulu tuer son père et qu’il avait pratiqué pour découvrir le sens le plus profond de la pratique du bouddhisme de l’Amitié Spirituelle.


Avoir le courage de pratiquer dans les liens familiaux

Cela m’a encouragé à rechercher le sens de la piété filiale car, là d'où je viens, les parents n’aiment pas leurs enfants et les enfants n'aiment pas leurs parents.

Rentré en France, je me suis donc concentré sur la relation avec mes amis spirituels directs. Dans la relation avec eux sont sorties toutes sortes de réactions négatives qui m’ont fait prendre conscience de mes états émotionnels et de mes conceptions.

Dernièrement, à l’occasion d’une réunion d’animateurs de Cercle, j’ai entendu l’expérience d’une pratiquante qui partageait sa difficulté à aller dans les liens familiaux. En échangeant avec son aînée de pratique, elle a entendu : « Ça ne sert à rien davoir un bel autel si on na pas le courage daller pratiquer dans les liens familiaux. »

Ça m’a ramené à la relation que j’ai avec ma mère. Elle est un énorme caillou dans ma chaussure. C’est presque le rocher de Sisyphe, je dirais ! Je monte, ça redescend, je monte, ça redescend, rien ne se transforme vraiment.

Je me suis spontanément mis en relation avec ma mère, avec le souhait de changer mon cœur pour elle. Elle traversait des circonstances de vie douloureuses et, pour la première fois, je n’étais pas du tout dans la réaction. Je pense que j’ai entendu sa souffrance et j’ai eu envie de l’aider.

Au début de ma pratique ma mère s’est reliée à moi. Je pense qu’elle était plutôt intéressée de savoir où son fils aîné allait mettre les pieds. Elle a juste lu le Soûtra un petit peu avec moi.

Lors de cet échange récent je lui ai proposé d’installer une plaquette familiale chez elle. Je lui en ai expliqué le sens et elle a accepté. Quand je suis allé chez elle pour l’installer et que nous avons lu le Soûtra tous les deux, nous avons passé un moment extraordinaire. À la fin de la lecture, j’ai pensé : « Il ne manquerait plus quelle veuille pratiquer avec moi ! » Effectivement, ma mère m’a demandé si elle pouvait pratiquer aussi. J’ai dit oui, bien sûr tu peux faire.

En rentrant chez moi, j’ai remercié le monde de l’Éveil et je me suis excusé sincèrement de cette pensée négative que j’avais eue. À présent, je me dis qu’il est important que je change mon cœur pour mes parents.

J’ai donc commencé à pratiquer avec ma mère. Je suis allé plusieurs fois la voir. On ne récitait pas forcément le soûtra, mais je suis allé à sa rencontre. En parallèle, j’ai constaté que dans certains liens de pratique très compliqués les choses s’apaisaient, en particulier avec une compagne de pratique.

Un jour, j’ai fait le constat que si la relation avec ma mère s’améliorait, je n’avais aucun lien avec mes fils. J’ai donc écrit un nom d’Enseignement en m’engageant à changer ces relations. Étonnamment, de la colère est sortie d’eux, avec beaucoup de reproches et de non-dits exprimés.


Pratiquer pour déraciner les conditionnements négatifs

Lors d’une visite chez ma mère pour saluer son autel, j’ai entendu en moi : « Et les ancêtres de ton père ? » Quand j’ai rouvert les yeux, j’ai vu que j’avais oublié d’écrire le nom de mon père sur la plaquette de ma mère. Elle m’a grondé. J’ai refait la plaquette et je l’ai redéposée chez elle. Après la lecture du soûtra, elle m’a dit qu’elle était très heureuse d’avoir le nom de mon père sur sa plaquette.

Une anecdote que je trouve vraiment symboliquement éclairante. La dernière fois que je suis allé lire le soûtra chez elle, nous avons fait le tour du jardin. Il y avait de grosses souches à déraciner. Il se trouve que c’est vraiment la pratique que j’essaie de faire ; déraciner les conditionnements négatifs.

Je ne peux pas me transformer si je ne vais pas dans les liens compliqués. Ce que je vois, ce qui me parle beaucoup aujourd’hui, c’est un passage du Soûtra : « Ils revêtiront lhabit du repentir. » C’est important que je développe cette capacité de pouvoir m’excuser dans les liens de pratique, comme dans mon histoire personnelle. Dans les relations avec ma mère, avec mon père, avec mes enfants, et avec la mère de mes enfants.

Guillaume