L'AVENIR ENTRE LEURS MAINS

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Ce que je vais vous raconter, c'est une transformation qui m'a été proposée dans ma vie professionnelle. Je suis technicienne dans le monde du cinéma, et je suis partie en Palestine et en Israël pour participer à la réalisation d'un film.

Quelque chose à faire grandir en moi

J’y suis allée avec le souhait des Fondateurs : contribuer à la paix dans le monde. Surtout dans un endroit où il y a la guerre actuellement.
Je me suis dit que ça allait être forcément un lieu pour incarner ce grand vœu. Mais je ne savais pas du tout comment ça allait se présenter. Et en fait, ça s'est présenté tout de suite, très simplement, avec mon collègue de travail. Les difficultés dans la relation sont arrivées, ce qui m'a demandé de rester droite, de lire le Soutra, de me relier à mes aînées et de chercher quelle était la bonne attitude à avoir. Au début, j’ai décidé de ne pas réagir, puis j'ai choisi de communiquer clairement avec lui. Notre relation s’est améliorée un temps, mais il est revenu à la charge avec beaucoup de négativité et de reproches sur mon travail.
En général, c'est quelque chose qui me touche beaucoup, ça a tendance à me fragiliser : « S’il me fait des reproches, c'est qu'il a raison, c'est que je ne sais pas faire mon travail, etc. » À ce moment-là c’était différent, je me suis dit : « Si ça, ça m'arrive, j'ai quelque chose à voir, à faire grandir en moi ! ». Je ressentais aussi que ce qui se jouait dans cette relation était plus essentiel, et que j’étais profondément reliée à ces difficultés relationnelles.

A cette période, je savais qu’une de mes nouvelles compagnes de pratique serait présente à un séminaire à Nantes. Encouragée par mes aînées, je me suis intéressée à mon amie de pratique. Je l'ai appelée, je lui ai demandé comment le séminaire s'était passé pour elle. Elle m'a dit, entre autres : « Ce n'est plus le temps d'avoir peur d'être qui on est. » Ça m'a beaucoup encouragée.
Elle m’a dit aussi que de son côté, les relations familiales s'amélioraient depuis son démarrage de pratique. Ça m'a aidée à ne pas tomber, à ne pas me dissoudre intérieurement, à rester droite. Et comme il me restait encore une semaine de travail, à ne pas me fermer, à avoir un cœur simple avec mon collègue. À être professionnelle en fait. Il fallait continuer à travailler, c'est ce que j'ai fait.
La relation ne s'est pas du tout améliorée. Il y a même eu d’autres difficultés, mais j'étais vraiment concentrée sur ma transformation.

J'ai de nouveau appelé mes aînées de pratique, elles m'ont proposé d'avoir de la reconnaissance pour cette personne et de souhaiter son progrès, et celui de ses ancêtres. J’ai trouvé ça, j'ai envie de dire, surprenant, mais je l’ai fait.

Au cours du tournage, un acteur est venu me voir et m’a raconté qu'il venait de passer six ans en Algérie, à Oran. C’est un des endroits où les ancêtres du côté de mon père ont vécu. Il m'a dit que c'était un pays où les gens étaient très accueillants et qu’aujourd’hui, les descendants de ces Pieds-Noirs d'Algérie sont très bien accueillis aussi. Quand j'ai entendu ça, je me suis dit :« Ce doit être une belle réparation quand même d'aller là-bas, de ressentir ça ! »

En revenant devant mon autel de voyage, c'est comme si on m'avait permis de voir la cause profonde et ancestrale d’un de mes conditionnements, d’être facilement fragilisée par le rejet. J'ai remercié le monde de l’Eveil pour ça.

Planter la graine de la paix dans le monde

Pendant cette période, où je suis restée plus droite que d’habitude, j’ai reçu un super ami palestinien, Ibrahim, qui travaillait avec nous sur le tournage. On a passé de super bons moments ensemble, et il m'a même invitée à manger dans sa famille. C'était très, très, très chaleureux.
J’étais pleine de gratitude parce que ça marche bien de faire différemment. Et j'avais vraiment à cœur de voir si quelqu’un, là-bas, avait envie de pratiquer. C’est avec ce projet que j’étais partie.

On n'a pas pu pratiquer pendant mon séjour sur place, mais nous en avons parlé.

À mon retour en France on a organisé, avec mes deux aînées de pratique, une réunion en anglais. Il a pu se relier ainsi qu’un ami allemand, Christian, qu’Ibrahim connaît, parce que nous avons travaillé ensemble sur un précédent tournage dans ce pays, il y a huit ans.

On a donc créé un lien avec un Allemand, un Palestinien, des francophones, et on a pu le faire en anglais et en français. Je le vois comme le début d'incarner cette paix dans le monde, comme une graine plantée. Je garde du coup en détermination, en axe, de recevoir un ou une compagne de pratique israélien.ne.

Sur place, ça a aussi été un challenge de ne prendre partie pour personne. Un gros challenge. Et en plus, mes ancêtres d'Algérie sont juifs, donc tout ce qui se passe là-bas me touche.

Au cours de mon séjour, j’ai récité le Soutra de la Pleine Conscience avec ce souhait de paix. Dans la nuit, j'ai rêvé d'un village qui était pris par les nazis. J’ai ressenti de la compassion pour les Israéliens, parce que ça m’a permis de voir les causes profondes de leurs traumatismes.

Je remercie beaucoup notre pratique, les aînées, le groupe, parce que ça me permet de vivre une vie extraordinaire.

Je transmets cette expérience pour témoigner que tout est possible. Ce n'est pas une idée dans la tête, comme ça. Ce n'est pas illusoire de souhaiter incarner la paix dans le monde. C'est vraiment possible, même en guerre. Ou peut-être surtout en guerre, je ne sais pas.

En tant que Français nous avons un grand rôle à jouer pour la paix, car nous sommes dans un pays où la liberté d’expression, de mouvements et d’actions a été durement acquise grâce au courage de nos ancêtres qui se sont battus pour elle.

Toutes les conditions sont réunies pour pratiquer le bouddhisme de l’Amitié Spirituelle, et être un exemple pour le monde.

Marie