Pas à pas…

Une expérience singulière
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Un cœur de fille pour mon père
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Des événements déterminants

J’ai perdu ma mère lorsque j’avais 31 ans et mon père à 36 ans. Au décès de ma mère, je me suis dit que, s’il existait quelque chose après la mort, elle me préviendrait. Et plusieurs messages me sont parvenus en effet dont l’un concernait ma santé : « Tu as un cancer là » et le sein droit était montré ».J’ai subi peu après une ablation du sein. A mon réveil, j’ai entendu : « tu te l’es fabriqué, dé fabrique-le. » J’ai compris que le tsunami émotionnel de la perte de mes parents avait engendré cette maladie.

Comment douter du monde spirituel après de telles informations ?

J’ai rencontré alors une pratique japonaise, « Le mouvement régénérateur » que j’ai suivi pendant huit ans. J’ai également pratiqué le tir à l’arc japonais. J’ai dû me « bagarrer » avec mon mental pour me permettre une telle performance. Par ma sœur, j’ai découvert le Reiki, encore une pratique japonaise. J’ai suivi un cursus de cinq ans qui m’a demandé beaucoup de persévérance et d’engagement. Au début de ce cursus, j’avais entendu : «  Attention aux mots que tu utilises, ils changent le monde qui t’entoure » Je n’avais aucune conscience des causes et des effets à cette époque. J’étais très vive, je m’exprimais beaucoup, j’ai pris conscience de la nécessité de changer d’attitude et il m’a bien fallu cinq années pour mettre en application cette transformation. Cette pratique m’a permis de comprendre mes blocages émotionnels et de m’en libérer. J’étais guérie et je travaillais en tant que directrice pour les sections d’enseignement professionnel adapté dans un collège, quand une collègue m’a proposé le Reiyukai, un mouvement bouddhiste laïc né au Japon une fois encore. Pourquoi le monde spirituel me proposait-il cela ?

Pour « entrer » dans cette pratique, il a fallu que je dépasse les conceptions familiales, que je me déshabille des peurs transmises par ma mère. Je m’y suis engagée non sans quelques résistances. La première réunion a fait lever en moi une grande colère à l’idée de me transformer encore : cela faisait plus de 20 ans que j’avais pris ce sujet à cœur…Dans mon ego, je croyais que j’en avais fini !!!La deuxième réunion était à l’occasion d’un séminaire national à Nantes où mon mari avait accepté de m’emmener. J’y ai entendu Cécile dire que les défunts avaient besoin de nous pour progresser…Ma sensibilité pour le monde invisible m’a permis de comprendre que j’étais à la bonne place car un message de ma mère quelques années auparavant me demandait « d’aider mon père resté attaché au monde de la terre ».

D’éveil en éveil…

Rebelle, je ne comprenais rien au langage de mes aînés…mais grâce à l’expérience de mes anciennes pratiques, je savais toutefois qu’il fallait que je persiste. Le lien aînée- compagnon, l’effet « miroir », je ne le comprenais pas. Il m’en a fallu du temps pour réaliser que je ne me connaissais pas…Pour m’aider, je me disais que ma lignée portait les obstacles présents chez mes compagnons et qu’il était nécessaire que je poursuive. J’avais conscience que ceux avec qui des obstacles apparaissaient étaient les meilleures rencontres, les plus utiles pour me transformer, non pas dans la critique, le jugement mais dans cette bienveillance qui m’échappait souvent.

J’avais lu dans le Soutra que la deuxième pratique de la transformation était de manifester du respect envers ses parents et qu’il était important de faire des recherches généalogiques. Mes parents, je les aimais de façon très ordinaire mais j’avais beaucoup de mal à respecter le choix qu’ils avaient fait… Je suis née de leur mariage alors qu’ils étaient beau-frère et belle-sœur d’un premier mariage. Vous imaginez bien les souffrances que cela avait engendrées chez mes demi-frères et sœurs. Je portais ma naissance comme une honte enfouie en moi, j’étais animée d’une grande colère intérieure, comment n’avaient-ils pas pu maîtriser leur amour ? Cependant, j’avais le sentiment de ne pas souffrir, puisque tout était refoulé en moi. Je ne savais pas que cette gêne intérieure était une souffrance. J’ai accepté leur histoire et cessé de porter un jugement sur leur amour.

Lors d’une de ses visites, Mme Nakabayashi avait exprimé comment elle avait modifié, grâce au lien avec ses compagnes, son esprit et son cœur vis-à-vis de son mari et comment leur vie avait changé…J’ai pris conscience alors que, bien qu’aimant mon mari, je reproduisais dans notre couple une forme de matriarcat présent dans la lignée des femmes de ma famille : est-ce pour cela que je me sens très proche de la fondatrice et que j’ai très peu de place en moi pour le fondateur ? Que je cotise pour ma fille et mes petites filles sans le faire pour mon gendre ? Je ne suis pas très fière de ces prises de conscience et décide de changer ces formes de pensées. Dans la famille, nous ne voyons pas les hommes pour leurs qualités en premier mais toujours par leurs manques et leurs défauts…Mes compagnes mariées vivent des relations de couples difficiles, d’autres sont célibataires. Peut-être devrions-nous chercher à améliorer notre esprit vis-à-vis des hommes et à faire des efforts pour changer ? Aujourd’hui je m’applique l’Enseignement en surveillant mes propos et mes pensées vis-à-vis de mon mari. Ça s’avère un travail très pentu, difficile, et de tous les instants maintenant que nous sommes à la retraite tous les deux. Pourquoi penser que j’ai raison ? Que d’ego à nettoyer !

Au début de ma pratique, j’ai installé l’autel dans une chambre à l’étage, derrière la porte, puis dans un renfoncement de la salle à manger. Enfin, les compagnes devenant plus nombreuses, mon mari a aménagé une pièce entière où nous pouvions nous réunir à vingt-cinq. « Tu devras faire deux réunions au lieu d’une, m’a-t- il dit, car cette pièce est déjà trop petite ».Rappelez-vous que c’est lui qui m’a emmenée à mon premier séminaire ! Pilier de ma pratique, il est toujours disponible pour nos petites filles quand je reçois des compagnes ou me déplace à une réunion. Je vois d’ailleurs que je ne suis pas indispensable à la maison. J’apprends à laisser de la place à mon mari et à quitter le monde de l’ego.

Une conscience nouvelle du sens des liens

Toute ma vie j’ai aidé, porté presque physiquement les gens qui venaient à moi. Le Reiyukai m’a libérée de cette charge de conseiller, de porter l’autre… Puisque je souhaite le progrès de chaque personne, mon rôle est de l’encourager à prendre le chemin, de lui montrer, par ma propre action, que c’est possible, voir facile si on prend sa vie en main. J’ai cessé de vouloir que tout le monde aille bien : je laisse le choix à chacun, en l’écoutant mais sans agir à sa place. Ce que je retiens d’important c’est que, sans Thierry, mon aîné de pratique, je n’aurais pas osé développer une famille de pratique. Par sa présence bienveillante, il m’a aidée à lever mes peurs : il m’a permis d’agir simplement avec mes défauts certes et il m’a donné la force d’ouvrir la porte de ma maison et de mon cœur sans peur. Avec Sylvie, Corine, Isabelle, Cécile nous cheminons ensemble. Il m’est permis de mieux comprendre aujourd’hui leur engagement qui me semblait extrême, leur éthique, leur chemin de vie.

Des personnes que j’avais côtoyées dans les autres pratiques m’ont rejointe sur ce chemin. J’ai toujours reçu facilement des compagnes mais peu d’entre elles recevaient des compagnons. Durant notre séjour au Japon en 2015, j’avais découvert que Mme Kotani, la Fondatrice du Reiyukai, avait fait construire à l’intention des jeunes un lieu de pratique dédié au Bouddha Maitreya, bouddha de l’amour bienveillant, prochain bouddha à s’incarner sur terre. J’avais entendu l’importance de se relier au Bouddha Maitreya pour accueillir d’autres compagnons mais je faisais comme un barrage entre moi et ce Bouddha. Arrivée dans ce lieu de pratique, je me suis repentie de cette distance : « je ne vous connais pas, lui ai-je dit, mais si vous l’acceptez, je suis prête à vous faire une place dans mon cœur ». J’étais loin d’imaginer que ce « monde » était aussi « réactif et vivant » ! Je me suis sentie comme pénétrée par une vibration, une belle émotion qui me montrait à quel point le bouddha pouvait être vivant ! Devant le Mont Fuji, j’ai demandé au monde des Éveillés de m’envoyer toutes les personnes prêtes à découvrir cette pratique et je me suis engagée à œuvrer pour la Normandie et à m’en remettre pour cela à eux, les bouddhas, et à mes ainés. A mon retour, le groupe s’est très vite développé. Beaucoup ont le souhait d’accueillir une famille de pratique. Quand les personnes arrivent par vagues, ma personnalité « ordinaire » a peur, mais mes ainés m’accompagnent, font fondre mes appréhensions et nous avançons ensemble.

Le monde spirituel nous propose des rôles dans la pièce de théâtre de notre vie pour dépasser nos états de souffrances. Regardons nos épreuves sur un autre plan de conscience, observons nos compagnons de vie, nos compagnes, nos relations et pensons qu’ils ne sont là que pour que nous trouvions les sujets de nos transformations ! Ma détermination grandit : je me sens portée par cet enseignement, et mes compagnes et compagnons sont de plus en plus impliqués et déterminés eux aussi.

Martine